
Ma lecture du monde est parfois un peu binaire, je le reconnais bien volontiers… Mais dans les nombreux espaces que je traverse, je constate que le rapport à l’IA s’affirme de plus en plus comme un rapport de classe. Les pro-IA appartiennent presque exclusivement aux catégories socio-professionnelles les plus hautes, jusqu’à la caricature. Les gens qui s’y opposent et se mobilisent à son encontre, semblent plutôt appartenir à d’autres espaces sociaux, tant et si bien que cette confrontation sociale est en train non seulement de tendre les rapports autour de la technologie, mais plus encore semble raviver un conflit de classe qu’on pensait (un peu facilement) évanoui. Les huées qui répondaient aux propos pro-IA d’il y a quelques mois sont peu à peu remplacées par des colères glacées, des larmes, des hurlements et des invectives radicales de gens exaspérés par l’IA auxquels répondent le déni glacé de l’injonction, voire le sourire confiant et supérieur du « il faut s’adapter » quand ce n’est pas un panégyrique de la puissance de ces outils au prétexte de l’efficacité, de la rentabilité ou de la souveraineté. C’est un peu finalement comme si l’IA elle-même était devenue l’idéologie des classes supérieures (venant masquer sous sa puissance, le capitalisme, l’impérialisme, l’autoritarisme, idéologies devenues bien plus difficiles à défendre). Comme si l’IA était devenue l’idéologie du moment, qui recouvre d’un voile de neutralité et d’innovation celles qui l’ont fondée et l’ont structurée. Comme s’il suffisait de changer de mot pour proposer la même chose.





